Rectocolite hémorragique étendue jusqu'à l'angle gauche
-
- Patient de 39 ans, rectocolite hémorragique (RCH) depuis 2008, suivi des traitements irréguliers, oubliés lorsqu’il va mieux, régulièrement perdu de vue, maladie jamais complètement cicatrisée.
-
- L’intérêt de montrer plusieurs examens au cours du temps (la qualité des images varie dans le temps) , avec des machines différentes, voir que l’on peut facilement faire le bilan d’extension de la maladie en échographie (ici étendue à l’angle gauche), de voir qu’elle est non compliquée, jamais complètement cicatrisée en échographie.
Modifications échographiques dans la RCH
Modifications échographiques d’une rectocolique (RCH) hémorragique non compliquée
La paroi colique inflammée perd ses haustrations alors que les zones indemnes la conservent.
L’épaississement de la RCH est typiquement
- circonférentiel en coupe transversale (CT),
- symétrique en coupe longitudinale (CL) on a donc même aspect entre la paroi antérieure et postérieure,
- la structure en couches est respectée (dans les formes non compliquées), et l’épaississement prédomine au niveau de la sous muqueuse (3 ième couche hyperéchogène) qui fait typiquement > 1/3 de l’épaisseur de la paroi.
Dans la RCH non compliquée, l’inflammation est superficielle (muqueuse sous muqueuse) donc les signes extra digestifs sont peu marqués (graisse faiblement infiltrée), le doppler est généralement limité à la paroi le score de Limberg est souvent faible (Limberg 0, 1 ou 2). Dans les formes graves l’inflammation gagne l’extérieur de la paroi.
Les ganglions s’il existent sont de petite taille, on les trouve à la face interne du côlon ( à droite colon gauche et à gauche pour le côlon droit), au dessus du côlon au niveau du transverse sur la racine du mésocolon entre estomac et transverse.
L’épaississement est continue le long du côlon (sans intervalle de paroi normale). A partir du sigmoïde, il suffit de le suivre pour connaitre l’extension de la maladie au colon.
Film échographique de 2022 (Supersonic EXPLORER)
Le film montre des images typiques (mais non spécifiques) de rectocolite hémorragique non compliquée. Le transverse n’est pas modifié, la maladie est étendue du sigmoïde de jusqu’à l’angle gauche.
La vidéo est d’abord en basse fréquence, en partant de l’angle droit puis dans un second temps en partant du rectum. Enfin examen de la paroi du sigmoïde avec la sonde haute fréquence.
On voit que
- Le colon gauche est rigidifié, il a perdu ses haustrations.
- L’épaississement colique (ici 7 mm) est
- continu à partir du sigmoïde
- symétrique
- circonférentiel
- les couches sont respectées
les signes extra-digestifs sont peu marqués (graisse peu infiltrée, faible activité doppler, voir nulle)
Le score de Milan est l’un des plus simple pour suivre l’inflammation dans la RCH
Ici score de Milan = (1,4 x7+2)=11,8 maladie très active.
Mais à part l’importance de l’épaississement aucun élément échographique de gravité.
Evolution en 2024 (Echographe Toshiba Hitachi)
Paroi 4,1 mm et Doppler négatif (Limberg 0), donc la maladie va mieux.
La maladie reste faiblement active. Score de Milan 5,74 (1,4 x4,1 +0)
Evolution janvier 2025 (CANON ApplioA)
Ci-dessus, images de la paroi du sigmoïde avec la sonde haute fréquence. L’image est de mailleur qualité mais on a toujours les mêmes caractéristiques
- Épaississement continu 4.5 mm, les couches sont respectées, la sous muqueuse fait >1/3 de la paroi
- Atteinte symétrique en CL (même épaississement des parois antérieure et postérieure)
- Circonférentielle en coupe transversale (CT)
La graisse est peu infiltrée, Doppler plus marqué (Limberg 2 voir 3)
Le score de Milan est de (4,5 x 1,4+2)= 8,3. L’échographie permet d’affirmer que la maladie reste active, elle s’est même dégradée. (Score passé de 5.74 à 8.3)
Evolution en juillet 2025 (échographie CANON ApplioA) et correspondance endoscopique
Les anomalies échographiques ont régressé on est proche de la normale (mais pas tout à fait)
- On observe la réapparition des haustrations (la paroi du côlon redevient bosselée).
- L’épaisseur est normale ou subnormale ( entre 2,5 et 3,5 mm selon les portions), pas de doppler.
- mais la sous muqueuse hyperéchogène reste hypertrophiée, trop visible par rapport à un colon normal, en faveur de la persistance d’une activité.
En endoscopie on constate aussi que la maladie garde des petites zones actives sur un colon qui semble presque cicatriciel.
Conclusion
L’échographie intestinale voit très facilement le colon, c’est un très bon examen de suivi des atteintes coliques des MICI (maladies inflammatoires intestinales).
Dans la rectocolite hémorragique elle donne immédiatement:
- L‘extension de la maladie sur le colon. Elle doit être préférée pour cela à l’endoscopie (lorsque la maladie est connue) et au scanner du fait de l’irradiation, du coût, et compte tenu de sa simplicité de réalisation. Par contre la visualisation du rectum est plus compliquée et les performance de l’échographie à ce niveau sont moindres
- La gravité, qui est proportionnelle à l’épaisseur de la paroi.
- Elle permet de mesurer l’activité et donc la réponse aux traitements.
Il existe de nombreux scores échographiques d’activité mais l’un des plus simples et reproductibles est le score de Milan (ep x 1,4+doppler x 2)
Il s’agit d’un excellent élément de suivi, la diminution de l’épaisseur colique est corrélée à la diminution de l’activité.
Il est difficile en échographie d’affirmer une cicatrisation rectale (d’où l’intérêt de la coupler à la calprotectine fécale). La réalisation d’une échographie transpérinéale peut compenser ce défaut de l’échographie abdominale et permettre d’évaluer le rectum.